AfterFoot Association

Patrice, que deviens-tu, quelles sont tes activités aujourd’hui ?

Je travaille avec mon frère, on a une société d’événements qui s’appelle « Loko Sport Evénements ».  On a monté ensemble la société il y a 11 ans. Le concept est clair : les chefs d’entreprises nous contactent pour inviter leurs meilleurs clients à aller voir les événements sportifs. On travaille beaucoup sur la Champions League, on emmène les gens voir des matches à Barcelone, à Madrid, en Angleterre, en Allemagne. On bosse aussi sur la L1, du rugby, Roland Garros et de la Formule 1. Au départ on a monté ça ensemble avec mon frère, maintenant c’est surtout lui qui gère ça car j’ai moins de temps.

C’était une volonté de ta part de travailler là-dedans à la fin de ta carrière ?

Oui quand j’ai arrêté ma carrière mon frère m’a parlé de ce projet qu’il avait, il pensait que ça pouvait être sympa de rester dans le sport et d’avoir pas mal de contacts avec les gens. J’ai aimé l’idée. C’était un moyen aussi de ne pas trop s’éloigner du football.

Tu avais envisagé aussi de devenir entraîneur ?

A la fin de ma carrière oui. J’aimais bien le contact avec les  jeunes donc je me suis dit qu’il fallait que je passe des diplômes, physiquement j’étais encore apte à le faire. J’ai le DEF le diplôme d’entraîneur de football, c’est le niveau qui nous permet d’entraîner jusqu’à la 3e division : le National. Après c’est le diplôme d’entraîneur professionnel, que je n’ai pas passé parce qu’il fallait 2 ans et par rapport à mes activités je n’avais plus le temps du tout et ce n’était pas vraiment dans cette voie là que je voulais me lancer. Le National c’est déjà un bon niveau pour entraîner, pourquoi pas si un jour j’ai la possibilité ou l’envie d’entraîner mais pour l’instant je ne suis pas dans cette optique-là. Je préfère entraîner les jeunes.

Tu te protèges en fait, si un jour tu as envie d’aller plus loin dans cette voie-là, au moins tu as déjà des diplômes en poche…

Exactement. Les diplômes c’est bien et plus facile de les passer quand on est jeune. Surtout le football il faut être apte physiquement à faire des efforts. Après à partir du moment où on a un bon niveau scolaire, en travaillant un petit peu on y arrive, donc c’était assez facile de l’avoir.

Comment s’est passé ta fin de carrière ?

Il y a eu deux choses bien distinctes. J’ai terminé ma carrière à Ajaccio, 6 mois à Ajaccio en 2004 lors de ma dernière année. Et à la fin de mon contrat on s’est maintenu en L1, j’ai voulu continuer parce que j’avais encore l’envie, même si ça commençait à être dur physiquement pour moi de terminer les matches. Donc je me suis dit je vais essayer de tenter une dernière année même si j’étais un peu moins motivé c’est vrai, j’avais 35 ans, ça faisait beaucoup d’années de carrière derrière moi et ça use niveau physique mais niveau mental aussi. Je n’ai pas retrouvé tout de suite un club, pendant un mois et demi, deux mois j’ai cherché avec mon agent. J’avais quelques touches mais c’était surtout en Ligue 2 ou en National et moi je ne voulais pas. C’était la L1 ou rien, même être remplaçant m’intéressait mais je n’ai pas trouvé. Mes enfants entrants au collège, je me suis dit on arrête tout, on rentre chez nous et mes enfants vont commencer le collège. Ce sera mieux pour eux puisque quand on a une carrière longue, les enfants changent beaucoup d’école. Ils ont dû passer par 12 voire 13 écoles pendant toute ma carrière. J’avais fait construire une maison à Vannes, dans le Morbihan et on est rentré chez nous comme je ne trouvais pas de club. Ajaccio était en L1, on s’était maintenu je me suis dit arrête toi là-dessus. Je préfère rester avec mes enfants, profiter avec eux et que ça se passe bien au niveau des études.

Si tu avais retrouvé un club tu ne te serais pas arrêté ?

Oui, si j’avais retrouvé quelque chose d’attractif en Ligue 1  j’aurais fait une dernière année. Mais mes enfants seraient restés en Bretagne et j’aurais fini par partir de mon plein gré. Je voulais vraiment que mes enfants ne soient pas trop perturbés, surtout quand on entre au collège. Et comme je n’ai pas trouvé, la question ne s’est pas posée.

A quel moment de ta carrière tu as commencé à te poser des questions sur la reconversion ?

Dès que j’ai commencé je me suis posé la question. J’avais 15 ans quand je suis arrivé à Nantes, je suis entré au centre de formation. J’ai signé un contrat de 2 ans aspirant, première année et deuxième année. Le club m’a très vite mis en relation avec un banquier, pour que chaque joueur ait son compte en banque pour pouvoir mettre son petit salaire dessus. J’ai rapidement rencontré des personnes de l’UNFP, le syndicat des joueurs professionnels. C’est avec eux que j’ai eu mes premiers contacts. Ils expliquent aux jeunes joueurs qu’il faut faire attention, comment bien gérer son argent et mettre de côté car les saisons sont courtes. Ils vous expliquent vraiment les tenants et les aboutissants d’une carrière. Et donc j’ai pris contact avec un conseiller financier et je l’ai toujours gardé, il est toujours avec moi aujourd’hui. Il a géré toutes mes affaires pendant toute ma carrière. A l’époque j’étais déjà bien conscient que ça allait s’arrêter un jour même si je n’avais pas commencé. J’étais positif, j’espérais réussir mais je me disais aussi qu’il fallait bien gérer. Mon conseiller m’a guidé de bout en bout pour que je sois tranquille en fin de carrière.

D’autres personnes t’ont aidé dans cette démarche au moment de la reconversion, la famille, les proches, les amis ?

Ma famille m’a toujours soutenu dans les bons et les mauvais moments qui jalonnent la vie de joueur, mais c’est vraiment mon conseiller financier qui m’a aidé.

Tu as monté d’autres projets au cours de ta carrière ?

En plus de « Loko Sport evenements », j’avais déjà fait pas mal d’investissements pendant ma carrière. J’ai acheté des appartements, des maisons, je les ai revendus. J’ai acheté des actions, des parts… Pour avoir de l’argent de côté le jour où j’arrêterai le football et subvenir à mes besoins le temps de retrouver un travail.

Qu’est ce qui a été le plus difficile quand ta carrière s’est arrêtée ?

On me pose souvent la question, je n’ai pas l’impression que ça ait été difficile. Je m’y attendais, je me suis arrêté à 35 ans mais c’est vrai que dès 32, 33 ans je savais que ce serait bientôt la fin. Les dernières saisons j’essayais de savourer, de prendre un maximum de plaisir. J’étais préparé, quand j’ai arrêté le foot, j’étais saturé niveau physique et mental. Et très vite avec le projet de mon frère on a monté cette société et on a été occupé tout de suite. Tranquillement je suis passé du monde professionnel du foot, au monde professionnel de gérant de société.

Un soulagement finalement pour toi parce que c’était un départ anticipé et préparé…

Oui et je n’avais aucune pression financière. J’avais de l’argent de côté. Même si les premières années avec mon frère nous n’avons pas gagné beaucoup d’argent : il fallait se faire connaître, il fallait monter les projets comme toute nouvelle société. Et puis au bout de la troisième année c’était parti. A partir du moment où on est armé financièrement on a aucune pression. Pendant les 5 années qui ont suivi la fin de ma carrière je travaillais un petit peu mais pas trop, je pouvais me permettre de me faire des petites années sabbatiques, je faisais un peu ce que je voulais.Je me suis reposé, j’ai pensé à autre chose, je suis parti en vacances… Oublier le foot et penser à ma femme, mes enfants et moi.

Oublier le foot, c’est ça aussi le plaisir de la reconversion, de faire une petite croix dessus au quotidien…

Oui, vraiment. Après ça dépend de la carrière que l’on a faite, mais quelqu’un qui a joué comme moi en Equipe de France, qui a joué dans des grands clubs des matches européens toutes les semaines où les saisons sont longues… Effectivement au bout de quinze ans ça fait beaucoup. Beaucoup d’entraînements, de préparations d’avant-saison, de préparation de mi- saison. Tout ça use. Ça use quand on fait des championnats d’Europe, des matches intéressants en Equipe de France, on n’a pas beaucoup de vacances. Les gens pensent qu’on est souvent en vacances mais c’est faux. C’est vrai que j’avais envie de me reposer un peu à la fin, j’ai pris mon temps, j’avais une vie de retraité du football et même retraité tout court parce que je ne travaillais pas beaucoup.

Des conseils à donner aux jeunes qui sont encore en activité et qui s’apprêtent à passer ce cap de la reconversion ?

Il faut profiter de sa carrière de footballeur, et profiter de sa fin de carrière pour entamer un nouveau projet et se lancer vers de nouveaux horizons sans pression, en prenant du plaisir. Anticiper dès le plus jeune âge. Maintenant tous les joueurs ont des conseillers, il y  a plein de personnes qui tournent autour des joueurs et qui sont là pour les aider. Les salaires sont désormais encore plus importants qu’avant, financièrement si le joueur fait attention je pense qu’il est armé pour finir une carrière sereinement. Et en tout cas pouvoir nourrir sa famille correctement. Après il reste le projet de vie, et ne pas s’ennuyer. C’est bien beau d’être à la maison sans travailler mais il ne faut pas s’ennuyer aussi. Il faut faire des choses qu’on aime.

La suite pour toi, cette société d’évènements, d’autres projets, des rêves ?

J’ai eu ce projet d’implanter un restaurant, bar, boîte de nuit à Vannes. J’y croyais beaucoup et puis au bout d’un an on s’est rendu compte que la personne qui tenait l’établissement et à qui je faisais confiance n’avait pas un bon comportement au travail. Il pensait surtout à s’amuser, à draguer et  payer des coups… On s’en est rendu compte un peu tard, on a cherché quelqu’un pour le remplacer, on n’a pas trouvé et finalement on a vite revendu. On n’a pas perdu d’argent mais le regret c’est que l’idée était bonne et aujourd’hui l’établissement fonctionne très bien. C’est dommage.

J’ai cherché de quoi m’intéresser alors aux côtés de l’UNFP et de mon conseiller, j’ai sillonné beaucoup de forums, de salons et notamment le salon de la franchise. Avec ma femme nous étions intéressés pour ouvrir un commerce de vêtements, de chaussures, on a cherché mais rien ne nous a vraiment plus ou nous paraissait judicieux.

Pendant quelques temps je me suis occupé aussi d’une association qu’on a montée avec d’anciens joueurs de Nantes. On avait une équipe de foot, on jouait plusieurs fois dans l’année. Autant j’étais content d’avoir arrêté le foot parce que je saturais, autant d’aller jouer de temps en temps avec mes amis c’était sympa. J’ai aussi joué avec le CIF, le club des Internationaux de football. Tous les joueurs qui ont porté au moins une fois le maillot de l’Equipe de France se réunissent. Il y a 5, 6 matches dans l’année. On se connait tous, de génération différente même des fois. On voyage, on se voit en France, à l’étranger, on passe de bons moments, on s’amuse.

Et puis il y a ce projet depuis peu qui vise à s’occuper de l’image des joueurs professionnels. Que ce soir des footballeurs, des handballeurs, des basketteurs… Bref des sportifs de haut niveau de manière générale. On voit que depuis quelques années avec tous les réseaux, il y a de bonnes mais aussi de mauvaises choses sur internet. Les joueurs ont souvent du mal à gérer les réseaux, les vidéos et les commentaires qu’ils peuvent mettre sur Facebook ou Twitter. J’ai un ami qui veut se lancer dans ce projet et qui veut que je l’aide comme j’ai un bon relationnel avec les gens, et que je connais beaucoup de joueurs… Il voudrait aussi faire agent de jeunes joueurs, essayer de repérer les joueurs qui ne sont pas encore dans les centres de formation mais qui pourrait devenir de futurs grands. Lui il s’occupe de toute la partie sportive, de tout ce qui est administratif et contrat, il a sa licence d’agent, mais il lui faut quelqu’un qui sache repérer les jeunes joueurs qui seront peut-être pro demain. Donc voilà on a une petite structure qui débute, ça fait 3 mois presque 4 qu’on a commencé mais ça prend bien forme. Une vie active et que du plaisir puisque ça reste dans le foot.

Interview exclusive AFTERFOOT ASSOCIATION réalisée par Lesly BOITRELLE le 25/10/2016